Peut-être
A qui n'est-ce jamais arrivé de voir une image, de lire un livre ou de regarder un film qui va nous toucher profondément, nous bouleverser, sans que l'on puisse expliquer pourquoi?
C'est ce qui m'est arrivé en regardant "Paris je t'aime", avant-hier. Ce n'est pas le film dans son ensemble qui m'a touchée, mais juste une scène.
C'est une scène très simple, une jeune femme immigrée se lève très tôt un matin, emmène son bébé dans une sorte de crèche, s'apprête à partir mais est retenue par les pleurs de son enfant. Elle retourne donc à lui, et lui chante une petite berceuse. Elle s'en va, et après quelques heures de transports en commun, arrive à son lieu de travail. Il s'agit d'une maison très chic dans le 16ème, et là, on s'aperçoit qu'elle a laissé son bébé pour s'occuper d'un bébé d'une famille riche, qui pleure aussi quand sa mère s'en va. La jeune femme lui chante la même berceuse.
Pourquoi est-ce que j'ai tellement été touchée que je n'ai pas pu regarder la suite du film? Pourquoi est-ce que j'en ai rêvé toute la nuit, et que le lendemain, ce n'est qu'après quelques heures de travail que j'ai réussi enfin à penser à autre chose? Pourquoi est-ce que je me suis rendue compte avec étonnemment que, du bout des doigts, sur ma caisse, je tapais l'air de la berceuse?
Je ne saurais pas vraiment l'expliquer. J'en ai parlé à une de mes collègues qui n'avait pas vu le film, j'ai dû lui raconter la scène. Elle m'a dit "Peut-être que c'est la sensation d'abandon de l'enfant que tu as pris pour toi, ça t'a renvoyé dans la gueule tout ce que t'essayes d'enfouir en toi et d'oublier, depuis des années. Peut-être que tu as pris conscience que tu étais plus ou moins dans cette situation, de ta petite enfance jusqu'à ce que tu voles de tes propres ailes."
Peut-être.
Peut-être aussi que j'ai encore trop bien compris les difficultés de mes parents d'être de familles immigrées.
Peut-être que ça m'a rappellé le film "Maria pleine de grâce" dans lequel cette actrice joue également.
Peut-être...
Peut-être.
20/05/07 - 19:08
Peut-être que cette courte séquence, simple, essentielle, nous rappelle qu'il n'y a pas de frontières, pas de cultures, pas de risques à prendre ou ne pas prendre, pas d'interdits quand on est face à l'enfant.
Peut-être que la maîtresse de maison serait choquée, outrée, scandalisée de voir cette femme chanter cette berceuse à son enfant, peut-être qu'elle la licencierait sur le champ. Peut-être qu'elle ne se rendrait pas compte que ce ne sont pas les mots, la culture, la langue, mais la mélodie, la musique, l'intention de la baby-sitter.
Peut-être qu'il y a encore beaucoup de murs, beaucoup de tabous, beaucoup d'entraves à la gentillesse et l'ouverture des peuples.
pacorabanne