Dernière nouvelle de Marion (première partie): Helena
Un sentiment étrange me serra soudain le cœur : l’espoir ?
Non, enfin pas tout à fait, je ne savais pas trop…C’était un mélange bizarre de plusieurs émotions négatives et positives, tout ce que je savais et dont j’étais vraiment sûre c’est que j’avais une saloperie d’horrible nœud à l’estomac. Puis une envie me prit : je devais aller sonner à sa porte. Oui, c’est ça ! Il fallait que j’le voie.
Au fond, je savais qu’il ne m’ouvrirait jamais, je savais très bien qu’il ne le pouvait pas, mais j’essayais de me persuader qu’il était bel et bien là, qu’il allait me faire son grand sourire habituel, qu’il m’accueillerait chaleureusement en me serrant dans ses bras…
Il neigeait, comme le jour de mes 7 ans sauf que ce soir là, j’en avais 17. Le temps passe vite, hein ? C’est ce que mon grand père vous aurait dit s’il avait encore été là. Quelle grande gueule ce vieux con, mais putain, qu’est-ce qu’il était cool…
Je n’était plus la p’tite môme d’il y a 10 ans, j’avais beaucoup changé, ouais, ça on peut l’dire, mais au fond d’mon cœur j’étais toujours la même. Sinon, qu’est-ce que j’foutais à aller chercher ce mec à 3h du mat’ ?
J’avais tellement froid : j’avais des mitaines, mais j’avais oublié mon perfecto chez cette pauvre Sabrina. Sabrina…la pauvre, elle me supportait…j’pensais que ce n’était pas possible, et tous les jours je me demandais pourquoi elle me soutenait comme ça. A mes yeux ça n’avait aucun sens. Aucun.
Quelle conne j’étais n’empêche, sortir à cette heure seulement fichue d’un t-shirt miteux et des gants qui puaient l’ vieux, alors qu’il faisait au moins aussi froid et qu’il neigeait autant qu’en Sibérie.
Mais j’étais excusable, enfin, je pensais que j’l’étais : j’avais le nez chargé d’ coke, l’esprit embrouillé car j’étais sentimentalement déboussolée, déstabilisée, désespérée, anéantie…
J’arrivai enfin devant son immeuble : grand et imposant, mais désespérément crasseux et minable. Eh ouais, c’était les quartiers pauvres, pas le seizième arrondissement !
Je posai ma main sur la barre en fer de cette fichue porte rouillée dont la peinture rouge était partiellement, pour ne pas dire à moitié effacée. Merde, mais elle était gelée ! Je m’engouffrai rapidement dans l’immeuble, espérant être envahie par une vague de chaleur, mais là, j’étais baisée : il faisait presque plus froid qu’à l’extérieur.
Je soupirai, puis me dirigeai vers sa porte, au rez-de-chaussée. Je me mis sur le palier, repris mon souffle, essayai de me calmer…Je fis craquer mes doigts pour me dé stresser, et la voix de mon grand-père résonna dans ma tête :
« Tu veux finir vieille avec des doigts tordus par l’arthrite comme moi ? »
J’eus un léger sourire et levai la main vers la porte. Je cognai plusieurs fois.
Rien.
Je cognai encore, plus fort cette fois, en criant son prénom.
Rien.
Je sonnai, espérant à tort que la sonnette fasse plus de bruit que ma voix.
Toujours rien…
« Ouvre cette porte ! » gueulai-je alors.
Mes yeux commencèrent à me piquer, mes lèvres à trembler.
« Derek ! Ouvre cette putain d’porte, bordel ! OUVRE MOI ! »
Les larmes commencèrent à perler sur mes joues, et je frappai, frappai, jusqu’à ce que mes mains en saignent.
« Ouvre moi j’t’en supplie !!! Ouvre moi… »
Je m’écroulai à genoux contre la porte, pleurant à chaudes larmes, le visage enfoui entre mes bras croisés sur mes genoux.
« Ouvre moi… » dis-je une dernière fois d’une voix tremblante.
Non, Derek ne m’ouvrirait pas, car Derek était mort, et je le savais…Il était mort dans mes bras, et c’était injuste, non, ça ne devait pas finir comme ça, après tout ce que j’avais fait, il ne pouvait pas mourir comme ça…si quelqu’un avait dû mourir, ça aurait dû être moi !
Allongée dans le champ, je contemplai le ciel avec admiration, comme plongée dans un rêve, un monde de douceur silencieux et agréable. Je me félicitai d’avoir pu me trouver un moment de tranquillité, c’est vrai, avec l’ambiance dans laquelle je vivais tous les jours, j’étais encore toute jeune mais stressée comme un sportif de l’extrême avec déjà pas mal d’exploits à son actif. Je tendis la main, essayant d’attraper les nuages : ils semblaient si proches alors qu’en réalité, ils étaient tellement loin…si loin…
Un délicat murmure m’arracha délicatement de mes rêveries.
« Joyeux anniversaire…joyeux anniversaire…joyeux anniversaire… »
La voix chantait doucement, lentement, insistant sur le « ai » d’anniversaire comme s’il s’agissait du frein d’une bagnole en train de foncer dans l’fossé.
Oui, j’avais oublié, c’était notre anniversaire aujourd’hui ! Ma tante me poserait sans doute encore la fameuse question : « Ca fait comment d’avoir (remplir avec son âge) ? ».
Ce à quoi je répondais depuis l’année précédente : « J’me sens comme l’année dernière, avec un an d’plus… »
C’est vrai, en fait, j’étais toujours la même gamine mais en une journée on me considérait comme quelqu’un de plus mûr. En y réfléchissant, je trouvais cela complètement stupide, et d’abord, pourquoi fêter un anniversaire ? Fêter son arrivée au monde rimait à quoi ?
« Bravo, tu as fait l’exploit de t’extirper d’un utérus, maintenant chaque année on va t’offrir des cadeaux pour que tu te rappelles d’être heureuse d’en être sortie ! »
Je souris. Ma maman me disait toujours que pour mon âge, je me posais trop de questions et que je savais bien des choses, mais je m’en fichais, car de tout façon je ne l’aimais pas alors, son opinion, qu’en faire ? Et en y pensant, je comprenais à quoi servait un anniversaire dans mon cas : me récompenser pour supporter la vie que j’avais depuis que j’étais sortie des entrailles du monstre. C’était un genre de compensation pour combler ce que je n’avais pas : la joie.
Mais faut-il être stupide pour croire que des jouets suffisent à faire sourire un gosse ?
On ne m’aimait pas, je le sentais, et aucun cadeau au monde ne pourrait effacer cette impression.
Le murmure se rapprochait, se faisant plus insistant, je feignais ne pas l’entendre, commençant à siffloter un air improvisé.
« Joyeux anniversaire !!! »
Cette fois-ci, il en avait eu marre de son petit jeu et il avait fini par gueuler, il surgit des hautes herbes pour me sauter dessus. Son visage était tout près du mien, je pouvais voir ses cheveux blonds comme les blés briller à la lumière du soleil, ses jolis yeux d’un bleu profond plongés dans les miens, ses petites lèvres charnues étirées en un sourire triomphant, son joli visage fin était étincelant : mon jumeau brillait par sa beauté.
Alors pourquoi, moi, je me trouvais si laide ? Pourquoi ma mère me trouvait moche ? Pourquoi mon père s’en foutait, alors que Derek avait toujours été l’enfant magnifique ?
Car il était, magnifique…et moi, je n’étais rien. Seulement une enfant qui pensait et parlait trop.
Je le pris dans mes bras, le serrai fort contre moi : - « Joyeux anniversaire, frangin ! ».
Ouais, pour une fois, j’allais changer ma réponse, je regarderais ma tante droit dans les yeux et je lui dirais : - « Aujourd’hui, je me sens bien, car j’ai 7 ans, ouais 7 ans, et que tout va changer ! »
Ca, les choses allaient changer, mais je ne pensais pas qu’elles deviendraient pires…
23/08/06 - 23:50
Comme toujours j'adore :)
Jujubees (visiteur)